Les carnets

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working for a nuclear free city / jojo burger tempest nacho umbert & la compañía  / ay... electric sunset / s/t the poison arrows / newfound resolutions


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lundi 23 août 2010

Même si cela ne parait pas évident de prime abord, on peut aimer la pop délicate façon Sarah, les lignes de guitares claires de Felt, l’électro-pop sophistiquée de Depeche Mode, les entrelacs d’arpèges et les refrains éplorées de Mark Kozelek, les refrains pétris de mélancolie et pourtant si imparables de New Order, la new-wave rigide et sombre d’un I Love You But I’ve Chosen Darkness, le post-rock tendu de Slint ET... des choses un peu moins raffinés, qui envoient du bois, avec un gros son qui tache, voire qui sentent carrément fort sous les bras. Crippled Black Phoenix est de ceux là.
D’ailleurs, pas de photos floutées de Bristol, de graphisme léché, d’images abstraites de carrousel en sépia ou de mecs maquillés et bien coiffés qui prennent la pose : pour illustrer leur nouvel album, Crippled Black Phoenix a choisi un chien-loup aux babines retroussées et crocs acérés. Bon choix, ça reflète bien le contenu de I, Vigilante qui s’ouvre sur des guitares vrombissantes qui virent très virent à la menace, avant de laisser éclater la rage. Rapidement, ce disque révèle une tension poignante qui le place largement au dessus de son prédécesseur A Love Of Shared Disasters. Là où Crippled Black Phoenix se perdait dans des digressions puant le folklore et les chansons de marins avinés, le groupe a resserré sensiblement le propos, ôtant toute fioriture inutile et incongrue - et ce satané accordéon qui pourrissait tout. Ne reste ici que l’essentiel (6 morceaux épiques, pas un de plus) : une batterie mastodonte, une basse mastoc, des guitares emphatiques et un chant habité, avec ponctuellement des cuivres gonflés aux hormones (Fantastic Justice) ou des violons qui ne sonnent pas en carton-pâte (Besogne Blues). Un changement de cap, qui permet à Crippled Black Phoenix de parcourir un registre dans lequel le collectif excelle, en mêlant post-rock puissant et prog-rock fiévreux, sans oublier le folk le plus sombre - pas si loin tout compte fait de leurs confrères nord-américains de The Silver Mt. Zion. Voilà qui devrait permettre de faire patienter jusqu’à la reformation live de GY !BE annoncé pour la fin d’année.


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mark van hoen / where is the truth [city centre offices/la baleine]
samedi 21 août 2010

L’annonce a tiré quelques larmes de nostalgie à une poignée de fidèles et s’est répandue à grande vitesse sur la toile : après de ponctuelles reformations pour donner des concerts, Seefeel sortira début décembre 2010, soit après 14 années de silence, un nouveau disque (Fault Ep., toujours chez Warp).
A contrario, Mark Van Hoen peut nourrir une pointe d’amertume, tant son dernier album signé sous son propre nom n’aura reçu qu’un accueil médiatique poli, mais peu fructueux auprès du grand public, depuis sa parution au printemps dernier. Ancien membre des cultissimes Seefeel donc, mais aussi de Scala, tête pensante de Locust qu’on cite volontiers comme figure tutélaire de la scène trip-hop, ou encore producteur très couru (Mojave 3 lui doit beaucoup), le Britannique exilé désormais aux Etats-Unis n’a pas vraiment profiter de sa notoriété pour promouvoir Where Is The True, publié par City Centre Offices.
Après 6 ans d’absence, MVH revient avec un album complexe, il faut bien le reconnaître. Lui qui pourrait "légitimement" surfer sur le revival shoegaze-électro du moment sans avoir à en rougir étant donné ses antécédents, n’en fait rien. Non, alors que la scène que les médias qualifient déjà de "chillwave" profite de façon éhontée de tout cet héritage, Where Is The Truth renie toute facilité. Les fans de Mark Van Hoen sont, pour ceux qu’on connaît, des aficionados de la production, des esthètes du son, des accros à la technique. Et ce nouveau disque s’adresse à eux - quasi-exclusivement. Une écoute distraite est absolument inconcevable pour cet album, tant son intérêt réside dans la construction scientifique des nappes synthétiques, ces arrangements méticuleux de cordes, la limpidité des lignes de guitares (dont Neil Halstead de Slowdive/Mojave 3 se charge), ce traitement sur les voix (on tient là un grand spécialiste en la matière). En dehors d’une écoute domestique et attentive, les morceaux s’enchainent sans qu’on parvienne véritablement à saisir le fil mélodique, très ténu. Au contraire, assis dans le canapé et avec le casque sur les oreilles, on ne peut que reconnaître le talent de "sound-maker" et de producteur d’exception de Mark Van Hoen.


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lundi 2 août 2010

Heureusement que la Rocket Girl en chef s’est portée caution pour la parution de cet album de Project Skyward. Car avec un nom qui évoque "le side-project du chanteur du groupe .... (remplissez avec un quelconque nom de groupe de métalleux sévissant dans votre région) et un visuel (typographie comprise) digne d’une pochette réalisée à partir d’une photo trafiquée sous photoshop (il suffit de trouver l’effet flouté et la saturation des couleurs) , Moved By Opposing Forces ressemble cruellement à l’un de ses disques qu’on écoute par respect pour celui qui l’a enregistré avant de le bazarder fissa dans un grand carton. Project Skyward a faillit faire les frais de ce terrible jugement à l’emporte-pièce. Il s’agit en fait du projet électronique de Ryan Skyward, un New-Yorkais (oui, encore un) enfermé dans son home-studio (ils sont nombreux dans ce cas-là). Mais comme le jeune homme a su convaincre le label londonien de rééditer cet album initialement publié par ses propres moyens, il y a forcément de bonne raisons à cela. D’ailleurs, on n’est guère surpris de voir Ulrich Schnauss au générique de deux morceaux, tant Moved By Opposing Forces creuse le même sillon que l’Allemand qui s’est fait le chantre du renouveau shoegaze, version américaine. Nappes de synthés vaporeux, guitares noyées dans le delay, voix flottantes et chœurs féminins évanescents, il ne manque rien pour rappeler les plus belles heures de la scène britannique des 90’s (au hasard, Chapterhouse). Des pop-songs gentiment noisy dans la plus pure tradition donc mais une fois encore, on se surprend à dodeliner de la tête, car c’est bien fait et Project Skyward parvient même à torcher une chanson vénéneuse (Superblaster) de première qualité.


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mimicking birds / s/t [glacial face/differ-ant]
jeudi 29 juillet 2010

Hormis le fait que le trio vient de Portland et qu’il est proche de Modest Mouse, Mimicking Birds présente un curriculum-vitae vierge ou presque (quelques chansons laissées en téléchargement)... Ainsi, c’est Isaac Brock, leader du groupe susmentionné qui signe la production de ce premier album composé par Nate Lacy, chanteur-guitariste, accompagné par le batteur Aaron Hanson le guitariste Tim Skellenger. Chez Mimicking Birds, l’instrumentation est donc simple et dépouillée, dans la plus pure tradition folk. D’ailleurs, la plupart des morceaux est juste bâtie autour d’une guitare sèche et du chant, de temps à autre rehaussés par une pedal-steel, une guitare électrique bourdonnante mais toujours étouffée, et une batterie vraiment très discrète. Rien de bien neuf à l’horizon donc et, d’ailleurs, le morceau placé en ouverture est d’une insolente banalité (une petite chanson dont on ne retient rien après 2 minutes et 37 secondes). Mais voilà, Nate Lacy a quelques talents : il chante divinement bien. Le genre de voix douce mais capable de distiller une tension palpable, grâce à cette petite fêlure qui distingue le commun des interprètes des chanteurs d’exception. Et comme il sait également utiliser son organe à bon escient, il laisse ses compositions respirer, sachant se taire pour mieux mettre en valeur ses mots. Un exercice bien maîtrisé sur the Loop par exemple, ou mieux encore sur New Doomsday - sommet incontestable de ce disque, ponctué d’une envolée instrumentale bouleversante. Ah, si seulement Mimicking Birds se dévoilait plus souvent de la sorte, on tiendrait là un excellent album, mais en l’état, on peut regretter le trop grand formalisme du ton qui contrarie les réelles capacités de son leader.


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s. carey / all we grow [jagjaguwar/differ-ant]
jeudi 29 juillet 2010

Si certains artistes optent pour des sobriquets alambiqués ou complètement incongrus, en voilà un que son label aurait mieux fait de conseiller au moment de baptiser son projet. A l’heure de la prolifération de l’information, il est bien difficile de se renseigner sur S. Carey tant le référencement de cet album est catastrophique (on vous laisse imaginer le nombre de milliers de pages sur Google faisant la corrélation entre "Carey" et tout ce qui touche de près ou de très loin à la musique)... Heureusement, Jagjaguwar introduit le garçon comme ayant participé aux tout premiers pas de Bon Iver (qui a depuis connu de bien meilleure fortune pour le compte du même label). Pour le reste, on ne sait pas grand-chose du bonhomme et ce ne sont pas les notes de pochettes qui vont nous éclairer... Indubitablement All We Grow est une œuvre très personnelle et intimiste. Auteur et interprète quasi exclusif de ses chansons, Sean Carey livre un premier album acoustique : une orchestration très classique (essentiellement guitare - chant, un piano omniprésent, des arrangements sobres) qui sert une inspiration qui se révèle au fil des écoutes quant à elle plus complexe. Bien évidemment, il pourra être assimilée à la nouvelle scène folk-pop américaine, mais la structure des compositions doit aussi beaucoup au jazz et laisse la place au silence. C’est probablement cette faculté à jouer entre la tension et la retenue qui permet à S. Carey de sublimer une chanson comme We Fell ou encore de pouvoir mériter la comparaison avec l’immense Mark Hollis sans que cette référence soit galvaudée. Sans atteindre les sommets d’un Sylvain Chauveau ou de Max Richter, deux autres artistes aux registres comparables, Sean Carey est capable de quelques moments de félicité mélancolique comme sur Broken, en clôture, qui mérite à lui seul l’écoute de All We Grow.


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devotionals / s/t [alive naturalsound records/differ-ant]
mardi 20 juillet 2010

Tyson Vogel a tout du hippie désabusé, avec son look d’artiste vaguement négligé comme pour souligner son romantisme à fleur de peau. Compagnon de Conor Oberst, l’Américain est plus connu en tant que membre de Two Gallants, signés chez Saddle Creek aux côtés donc de Bright Eyes. Et dans cet exercice, il est jusqu’alors resté dans l’ombre de son génial confrère. Affranchi en solitaire, il ose désormais afficher ses maux, jamais avare pour publier des mots sous forme de petits poèmes pour décrire une musique pourtant essentiellement instrumentale. Sous le nom de Devotionals, le guitariste virtuose est accompagné par Anton Patzner, violoniste également croisé chez Judgement Day et Bright Eyes, et une poignée d’amis qui viennent donner corps à ces chansons uniquement acoustiques - et toutes enregistrées en analogique. Dès les premiers accords de Til And Joy, on a la même impression de proximité, de familiarité qu’à l’écoute des compositions nues de Mark Kozelek. Cette musique sans âge puisse ses racines dans les profondeurs de la musique traditionnelle américaine, sans en souffrir des poncifs, et s’inspire d’une longue tradition narrative. Alors même quand le chant se fait discret, c’est la guitare qui tisse les histoires, seule et mélancolique, ou bien plus tendue lorsque le violon lui donne la réplique. Et puis le son se durcit lorsque en fin d’album et Devotionals se mue en véritable groupe de (post-)rock - les guitares se font même ponctuellement vindicatives. Mais c’est surtout pour ces mélodies dépouillées, lorsque les cordes pincées ou frottées se dévoilent sans le moindre effet, que Tyson Vogel retient l’attention grâce à sa pudeur pour exprimer des sentiments universels sur quelques instrumentaux de haute volée.


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the soundcarriers / celeste [melodic/la baleine]
mardi 20 juillet 2010

Il est tard, la soirée est déjà bien avancée. Depuis un bon moment, le stock de disques du "groupe le plus hype du moment à NYC / Londres / Berlin" (choisir selon affinités) est épuisé et plus personne n’ose enfourner dans la platine un disque datant d’avant le bug de l’An 2000. Les garçons se sont emballés à l’écoute de la voix de Trish Keenan et tout le monde a admis que The Noise Made By People est le meilleur album de Broadcast. Et que Broadcast est un grand groupe. Mais qui doit aussi beaucoup à Stereolab. Evidemment, tous les plus grands tubes de Stereolab sont passés à volume très fort et celui qui a pensé à apporter son coffret de raretés de Stereolab est paru comme un homme respectable et respecté (au moins le temps de la soirée, jusqu’à ce que vous achetiez vous-même Oscillons From The Anti-Sun). Les albums de Pram et de Th’Faith Healers ont eu leurs lots d’aficionados.
Il est donc temps d’appliquer les conseils prodigués par Patrick Bruel : un bon joueur de poker est celui qui sait quand il faut bluffer. Et hop, vous glissez subrepticement Celeste, le deuxième album de The Soundcarriers. S’ils en restent quelques-uns de suffisamment lucides, normalement, c’est le coup de maître. Les bras restent en l’air, puis font des moulinées façon air-guitar, les têtes dodelinent, les pieds tapent au rythme de la caisse claire. Avec un peu de bol, il y a moyen d’entamer quelques pas de danse avec une jolie fille. Les plus attentifs noteront néanmoins quelques indices, permettant de dater ce Celeste de l’ère post-2000. Si "la reverb’ est certifié 100 % naturelle" (dixit les notes de pochettes) et que la production reste résolument analogique, The Soundcarriers a distillé quelques notes plus électroniques dans ses compositions hautement référencées. Des détails qui permettent d’agrémenter les chansons du quatuor qui reste néanmoins avides de douces harmonies vocales à faire se pâmer les adorateurs de Trish Keenan et The Carpenters. Usant d’une formule maîtrisée à la perfection, bâtie autour d’une ligne de basse "king size" et en accélérant sensiblement le rythme par rapport à son précédent album, The Soundcarriers livre quelques morceaux de choix, comme Step Outside ou encore Long Highway avec son final complètement psychédélique. Anachronique mais toujours aussi catchy.


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vendredi 9 juillet 2010

Drôle d’objet que ce Bananfluer Overalt, sorte de EP ou mini-album, qui regroupe 8 morceaux. En tout cas, le disque est bien pratique pour ceux qui n’auraient pas encore écouté One-Armed Bandit, le dernier album en date des norvégiens Jaga Jazzist, puisqu’on retrouve ici 3 des meilleurs morceaux de l’album : d’abord le morceau mutant et échevelé qui donne donc son nom au disque (mais dans la même version donc sans intérêt réel) et surtout 3 autres extraits, dans des versions différentes. Toccata, probablement le meilleur morceau de l’album, bénéficie d’une réinterprétation symphonique dont la qualité de la structure complexe n’a d’égale que la justesse de l’orchestration. Voilà qui devrait combler les vrais fans du collectif. Néanmoins, probablement serait-ce insuffisant pour motiver le chaland à dégoter ce disque s’il n’y avait pas 4 remixes inédits. Sprutbass métamorphose One-Armed Bandit, le morceau (faut suivre !), en hymne synthétique glitch poisseux. Puis 220 V / Spektral se fait vampiriser sur un Final Mix pour devenir un morceau à jouer très fort dans un club d’Ibiza pour embraser le dancefloor (sans les bimbos qui se trémoussent et les cocktails serrés, c’est moins convaincant). Plutôt que de recourir aux drogues douces, mieux vaut dans ces cas-là faire appel à Prins Thomas qui lui reprend le single à la sauce Cologne : à la fois techno minimal et dansant, répétitif à souhait (pas loin de 12 minutes) et hallucinogène. On n’a toujours pas compris le rapport avec les fruits et les mouches qui semblent être le thème du disque comme de l’album (on vous laisse le plaisir de passer les titres en norvégien dans un traducteur !), mais Jaga Jazzist brille une nouvelle fois par sa générosité.


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chapter / three - a collection of monsters
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