Les carnets

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chihei hatakeyama / ghostly garden [own records/differ-ant]
vendredi 5 février 2010

Que ce soit seul ou accompagné de Tomoyoshi Date au sein d’Opitope, le peintre sonore Chihei Hatakeyama a fréquenté autant de labels qu’il a enfanté d’albums. En dépit de cet état de fait, sa démarche artistique est immuable, toujours vouée au travail minutieux de la matière sonore, à sa conversion en des monochromes étendus, inertes en apparence mais offrant des variations infimes et incessantes, poétiques et apaisantes à quiconque aurait décidé de s’y abandonner.

Après être passée au tamis numérique du japonais, la matière première devient cryptée voire méconnaissable, il n’en subsiste souvent que des séquelles étirées en fils cotonneux et nuages vaporeux, qui s’engagent dans des jeux d’ombres légèrement parasités (Shadows), gagnant en ampleur au fil des minutes, sans jamais céder à la tentation de la surcharge. Car ici l’humeur est à la retenue, un peu comme chez les faiseurs d’ambiances intactiles que sont Celer, Christopher Bissonnette ou Lawrence English. Dans ces maillages ténus aux multiples recoins, des glissements chromatiques plus visibles opèrent, des mélodies de chimères dispensées par un piano dénaturé et lointain, deviennent identifiables (Cave), rappelant à l’occasion les facettes ambient d’un Rudi Arapahoe gommé de ses aspérités mais non délesté de sa profondeur.

Bien qu’arborant des allures irréelles, des voix font aussi d’éphémères apparitions (Voices), se mêlent au vent pour souffler un trouble vaguement inquiétant (Stone Wall island), émanent d’ondes radiophoniques pour semer un léger brouhaha sur fond de crachin pluvieux et de cris d’oiseaux (Slight Trail). En ayant recours au même substrat de départ (des cordes frottées en l’occurrence), Sacred Flowers place Chihei à équidistance des plages majestueuses de Brian McBride et de celles plus intrigantes de Richard Skelton (les coups d’archet ayant ici perdu en sécheresse et en âpreté, sous l’effet estompant de l’outil numérique). Sur le final Ghostly Garden, ce sont des gouttes de piano ayant subi des altérations plus ou moins prononcées qui viennent choir dans un jardin aussi océanique que fantomatique, peuplé de voix et remué par de légers soubresauts de basse.

Derrière l’inertie et le calme apparents se cache un mouvement perpétuel, doté d’une poésie uniquement accessible aux patients enclins à l’abandon.


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built to spill / there is no enemy [atp recordings/differ-ant]
mardi 26 janvier 2010

Voilà qui ne nous rajeunit pas : 16 ans après un premier album auquel on porte une affection nostalgique, Built To Spill revient avec un nouvel album dont le titre semble faire écho à cet inaugural There’s Nothing Wrong With Love. Et depuis tant d’années, force est de constater que rien n’a véritablement changé, la voix de Doug Martsch est toujours aussi immédiatement reconnaissable, entre brisure et véhémence, les guitares sont toujours aussi incandescentes, la générosité et l’entrain du groupe ne se sont pas effrités. Une telle constance force le respect, mais There Is No Enemy sera immanquablement jaugé, jugé à l’aune de Perfect From Now On (1997), sommet de la discographie du groupe.
Parmi les bons éléments de ce sixième album, Life’s A Dream avec sa mélodie tarabiscotée, son solo de guitares heavy et ses chœurs ultra pop. L’artificier en chef a, comme à son habitude, veillé à ce que la production respecte ses aspirations, enregistrant un nombre incroyable de pistes pour que tout s’agence avec minutie. Une application qui ne saute pas aux oreilles, tant les mélodies paraissent évidentes. Mais voilà qui distingue un morceau comme Hindsight ou encore le bouillonnant Good Ol’ Boredom du gros de la production noisy-pop : au-delà de l’évidence de la ligne principale, il est possible de percevoir un écheveau d’arrangements à l’arrière plan, des subtilités de production, tant dans la ligne de chant que les partitions de guitares (le pluriel est toujours de rigueur chez Built To Spill). There Is No Enemy parait ainsi foisonnant, avec beaucoup d’effets sur des guitares vrombissantes, des emballements rythmiques, des carambolages vocaux qui peuvent dérailler, avant qu’on ne perçoive la limpidité qui se dégage des compositions.
Ce que d’aucuns qualifieront de bienfaits de la maturité.


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my brightest diamond / shark remixes [asthmatic kitty/differ-ant]
lundi 25 janvier 2010

Déjà l’objet : le packaging de ce double cd est absolument somptueux, avec cette boite en sérigraphie argentée dans laquelle se glissent les 2 digipacks, offrant une belle déclinaison de silhouettes de requins. Asthmatic Kitty et My Brightest Diamond ont fait les choses en grand en laissant libre cour aux envies du designer maison et collaborateur, David Stith. Et puis, plutôt que de rééditer la même opération que Tear It Down (2007) qui n’était autre que la version remixée de Bring Me the Workhorse (2006), chaque chanson étant revue par un artiste différent, le choix s’est porté sur 4 artistes aux fortes personnalités. Ainsi, se sont-ils vu offrir totale liberté pour s’approprier sur une 20aine de minutes chacun les compositions de Shara Worden ; certains ont ainsi conservé le format original des chansons, quand d’autres ont revus tant le fond que la forme.

C’est d’abord Alfred Brown, producteur et arrangeur émérite en exercice depuis le début des 70’s et dont le parcours est aussi long qu’iconoclaste (des apparitions certes au catalogue d’Asthmatic Kitty, ou encore aux côtés du culte Moondog mais aussi crédité sur l’album de ... Ricky Martin !) qui se charge de revisiter complètement les chansons de la belle, piquant ici ou là dans l’album A Thousand Shark’s Teeth, pour parvenir à de nouvelles compositions. Alors que les chansons de My Brightest Diamond servent avant tout d’écrin à la voix d’ange de Shara Worden, Alfred Brown donne un nouvel éclairage à celui-ci, grâce à des arrangements de piano et de cordes étonnamment sinistres. Le résultat évoque de morbides ambiances de films. Une relecture fascinante.

Tout au contraire, Son Lux a pris un parti résolument différent, en injectant une bonne dose de fanfare et des airs de blues façon Nouvelle-Orléans à Apples. Et comme l’Américain, qui a ses habitudes chez Anticon, aime rien tant que la variété, il insiste sur le côté élégiaque de The Diamond, métamorphose Inside A Boy en brûlot électro-rock avant de faire un croisement de Chopin et de big beat. Décidemment ce garçon est insaisissable - et talentueux.

Autre artiste à se pencher au chevet des compositions aériennes de My Brightest Diamond, Roberto C. Lange insuffle une touche exotique. Lui qui s’amuse sous le nom de Helado Negro (auteur d’un excellent album) et qui est le compagnon de Guillermo S. Herren au sein de Prefuse 73 et Savath & Savalas a fait un beau travail sur les rythmiques, qu’elles soient tech-minimal façon Pan American ou bien sûr de résonances latines. Les chansons y gagnent en chaleur ce qu’elles y perdent en intensité.

Enfin, c’est forcément DM Stith qui est convié à ce jeu de relecture. Forcément car il s’agit d’un collaborateur de longue date de Shara Worden (pour les visuels mais aussi en tant que musicien). Et finalement, c’est peut-être celui qui connaît le plus les compositions qui parvient le mieux à leur donner un nouvel éclairage, avec de nouveaux arrangements tant pour les parties instrumentales que les jeux de vocalises. Pour le coup, le résultat sonne vraiment comme du My Brightest Diamond en version aquatique, mais on a vraiment l’impression qu’il s’agit de nouveaux morceaux originaux - superbe Ice & The Storm.

Par nature, le résultat de cette sorte de quadruple EP constitués de remixes n’est pas cohérent sur la longueur, une fois ces exercices réunis à la suite. Mais le résultat est bien suffisamment intéressant pour offrir de nouvelles pistes à My Brightest Diamond.


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lundi 25 janvier 2010

Ce grand gaillard aux allures de hippie à dreadlocks qu’est Tui arpente les chemins d’Ecosse au volant de son van, vivote de ses passions que sont la photographie et la musique, lesquelles trahissent ouvertement une attirance pour la nature et ses versants bucoliques. Saisissant les moindres chuchotements que la nature a à lui offrir, Tui alias Orla Wren en parsème son univers musical, que l’on situe volontiers entre l’ambient électro-acoustique de The Green Kingdom, le folk chimérique de Lau Nau, les douceurs arythmiques aux saveurs nippones de Smile Down Upon Us et les divagations un peu plus structurées de State River Widening (notamment sur les titres Tugboats & Railroads et Words Of Finn, parés du délicat fingerpicking de l’ami Keiron Pheilan).

En dépit d’une palette sonore étoffée, mettant à l’honneur flutes, clarinette, violoncelle, boîtes à musique, mélodica, glockenspiel, mais ne négligeant pas les saveurs inhabituelles apportées par autres zither, dulcimer et bols tibétains, l’humeur générale est à la retenue et à la divagation. Et de cette peinture pointilliste retravaillée à l’outil numérique, il se dégage une sensation de bien-être diffus, des bribes mélodiques qu’on peine à saisir.

Bénéficiant de contributions vocales féminines diverses, ces ambiances microcosmiques mi-naturalistes mi-digitales sont souvent rendues scintillantes à petit renfort de cloches et glockenspiel, se parent de babillages enfantins (Two Note Winter), de voix doucement excentriques et voltigeuses (celle de Russudan Meipariani dévoile une lointaine parenté avec celle de Juana Molina), vacillantes et stratifiées, fluettes et hors d’âge, aux allures féériques (Book Of Frost) ou vaguement hallucinogènes, dès lors qu’elles entament un dialogue avec une kyrielle de bols tibétains (33 Fainting Spells).

En pourvoyeur de musiques pour doux rêveurs, flaü continue son bonhomme de chemin, et Orla Wren l’y aide bien.


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novisad / funkel [flaü/mochi mochi]
jeudi 21 janvier 2010

Voilà huit ans que Kristian Peters alias Novisad n’avait pas donné de nouvelles, et à peu près autant qu’il collecte des samples de guitare, matière première constitutive de ce Funkel régi par la loi des boucles. Plutôt vulnérables que rigides, plus floues que mécaniques, ces boucles traitées s’enchevêtrent avec une certaine économie, et parviennent à instaurer une sensation de flottement dans chacune des 18 vignettes. En dépit d’une palette sonore peu variée et rarement étoffée, l’envergure du spectre manipulatoire autorise la fluctuation des climats, évite la monotonie.

Tandis que Song 2 et Untitled 2 conservent la naturalité des instruments impliqués (piano électrique et guitare acoustique intactes forment des boucles entraînant dans leur sillage un léger souffle vinylique), Untitled 1 et Tokimeki Pingpong font la part belle aux sonorités cristallines et purement synthétiques, dessinant des ondes sinusoïdales dépourvues d’attaque.

Mais la majorité des titres évoluent quelque part entre ces deux antipodes, mêlant sources acoustiques et électroniques, floutées par un gommage numérique, étirées en lignes horizontales flirtant avec les recoins ambient du foyer 12k (Song 1, Untitled 3, Raindrops, Yappari). Dans cet espace dédié à la rêverie, Restspielzeit arbore des atouts mélodiques aussi séducteurs que ceux développés par F.S.Blumm ; Untitled 9 laisse une rythmique sommaire et évasive bercer des entrelacs de piano aquatique (comme si le Cue d’Andrew Pekler se noyait en eaux troubles), et le final Abbild dégage un parfum d’exotisme, distille une mélodie insulaire et paradisiaque, sous forme de rumba résiduelle, freinée et filtrée de manière telle qu’on croirait l’écouter l’oreille collée à un coquillage. De quoi joliment refermer cette parenthèse apaisante et songeuse.


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dimanche 17 janvier 2010

Que restera-t-il de la discographie de Benjamin Biolay dans 10 ou 20 ans ? Ses compositions pour les autres (Henri Salvador, Françoise Hardy, Coralie Clément), ses collaborations fructueuses avec Keren Ann ou ses albums en solo ? Compositeur hors pair, narrateur aux mots justes, arrangeurs talentueux, belle gueule rattrapée par le show-business ?

Probablement tout cela. Et certainement encore autre chose, car Biolay mène une carrière tortueuse, brouillant les pistes, jouant avec l’imagerie de l’artiste romantique jusqu’à s’en brûler les doigts, mimant celui qui marque tellement l’ensemble de son œuvre, de sa vie : Serge Gainsbourg. Comme l’atteste son troisième album qui a le grand défaut d’être un double album (23 titres de chansons à texte, c’est beaucoup trop long, surtout à l’heure du zapping au format mp3), s’égayant dans diverses ambiances. Un cas le gars Biolay. Il pourrait être une méga star nationale et balancer les 10 titres calibrés pour les radios FM. Servir le monde de la variété à satiété.

La Superbe s’ouvre sur le morceau du même nom : potentiellement un cheval de Troie pour les ondes radiophoniques, avec ces cordes insistantes, son élan qui gonfle progressivement, mais Biolay l’étends à merci (6mn17, de quoi rebuter si on n’adhère pas au ton posé... et à cet horrible saxophone sur le final). Et puis, voilà, il lâche un beau morceau divinement référencé : 15 Août qui pioche allégrement dans les classiques des musiques de films. Déjà on peut se demander par où il va nous faire passer pendant ces 99 minutes. Et pour démontrer qu’il est un vrai caméléon, on peut toujours picorer ici et là, entre Reviens Mon Amour, un morceau à la William Sheller (Ton Héritage), Padam et ses relents funk, le gonflant et jazzy La Toxicomanie ou encore Jaloux De Tout - emphatique, avec son phrasé narratif sur des couches et des couches de cordes sirupeuses. Mais on sait ce mec suffisamment talentueux pour s’aventurer un peu plus loin que le recours systématique au ton parlé, avec ces histoires d’amour qui se finissent mal et ces arrangements pompiers. Comme à l’accoutumée, Biolay s’applique d’ailleurs à saloper son image, en jouant la provoque sur Buenos Aires qui s’emballe sans crier gare, sur un fond de dub (un clin d’œil à La Mano Negra pour faire frissonner la quadra en manque de sensation ?) ou a contrario, Sans Viser Personne en mode mineur - mais une chanson majeure. Et puis, c’est quand même plus intéressant quand Biolay laisse gentiment la machine s’emballer (Si Tu Suis Mon Regard), pousse le truc un peu plus loin qu’à l’accoutumée (Brandt Raphsodie avec Jeanne Cherhal : ouvertement gainsbourg-ien mais sacrément réussi). Et puis, deux chansons surgissent au milieu de l’album : d’abord L’espoir Fait Vivre et surtout l’épatant Prenons Le Large. Enfin, il chante "pour de vrai", il quitte la posture et les références 80’s s’imposent : comme un bon morceau de U2, du Simple Minds ! Une veine qu’on ne pensait pas que le chéri de ses dames pouvait affectionner.

Alors, avec autant de sentiments partagés, qu’en restera-t-il dans 10 ans, dans 20 ans ?


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yeasayer / odd blood [mute/naïve]
dimanche 17 janvier 2010

Odd Blood, le deuxième album de Yeasayer, commence sur The Children : un morceau tellement bizarrement distordu, qu’on pourrait croire qu’il s’agit d’un de ces fakes balancés sur le net pour égarer le téléchargeur mal intentionné. Bizarre et super agaçant dès la 2éme écoute. Heureusement, les Américains font montre de bien meilleures intentions par la suite, et ce dès Ambling Alp, déjà sorti en single et remixé par DJ Rupture et Memory Tapes (autant dire que Yeasayer fricote allégrement avec la hype). Orchestration démesurément ambitieuse, chant incantatoire et habité, chœurs très (trop) haut perchés, cuivres soul : autant d’éléments dont on est repus et lassés à force de l’entendre dans toutes les productions contemporaines, mais la chanson marche, grâce à une mélodie à tiroirs. Odd Blood, un peu encore plus que son prédécesseur (All Hour Cymbals en 2007) est un album bigarré, un brassage des genres avec des titres qui lorgnent avec le dancefloor (ONE) ou d’autres complètement bancals comme Love Me Girl qui rappelle Depeche Mode lorsque le mythique trio poussait plus loin son électro-pop en tâtant du gospel et du funk. Le groupe, basé à Brooklyn ("the place to be") a, semble-t-il, définitivement refusé de faire des choix - si ce n’est celui de tout faire pour goûter au succès de ses voisins de pallier Animal Collective ou MGMT ! Odd Blood saute ainsi du coq à l’âne (en passant par la poule et la vache) avec une bonne dose de psychédélisme, de funk, d’électro synthétique, de scansions gospel, de dérapages progressifs, de mélodies à l’évidence pop. Le néo-trio (Luke Fasano n’est plus de la partie apparemment) déploie cette recette non sans talent qui consiste à ingurgiter moult poncifs du passé (de Genesis à Faiport Convention) pour se l’accaparer et se l’approprier. Définitivement tendance en 2010.

PS : vainqueur en 2007 de la pochette la plus moche de l’année, Yeasayer est de nouveau en lice dans cette catégorie !


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field music / measure [memphis industries/pias]
samedi 16 janvier 2010

En sommeil depuis 3 ans, Field Music revient avec Measure, les frangins Brewis se retrouvant après leurs implications dans School Of Language (David - qui a sorti également un disque sous le nom de New Tellers chez Static Caravan) et The Week That Was (Peter, auteur d’un très bon album). Autant dire que les anglais sont ultra-prolifiques et le prouvent avec ce double album qui regroupe pas moins de 20 morceaux ! Oui, un album au tracklisting aussi garni qu’à la grande époque des albums de prog-music des 70’s. Field Music a eu l’heureuse retenue de ne pas se lancer dans le concept-album : ça part même un peu dans tous les sens et on ne perçoit pas de différence notable entre les 2 volumes. Pour autant, l’écoute de Measure donne l’impression que Field Music a été congelé quelques décennies, tant les compositions semblent contemporaines de Led Zepellin, Fleetwood Mac, Beatles, Roxy Music, King Crimson, David Bowie et Lou Reed - autant de références reconnues par le groupe lui-même. Et, c’est préférable de les reconnaître / admettre, tant Measure est une conjugaison d’empreints - un morceau comme Curves Of The Needle, aussi bien tourné soit-il, est dépourvu de la moindre once d’originalité. Les deux néo-hippy, entourés d’un guitariste et d’un bassiste, s’amusent à bâtir des cathédrales vocales d’un autre temps (éloquent sur le morceau psychédélique Clear Water), à laisser filer des partitions musicales en volutes fumeuses (The Rest Is Noise, véritable exercice de style progressif). Ces chansons complexes, aux lignes mélodiques tarabiscotées bénéficient d’une production assurée par David et Peter Brewis eux-mêmes, absolument saisissante (les prises de sons et le traitement de la batterie sont concis et profonds, évoquant en cela leurs cousins américains de Pinback). Probablement est-ce là l’une des plus grandes qualités de ce disque. Les deux frères s’y connaissent pour enluminer leurs chansons avec des arrangements variés, comme sur le final tribal d’All You’d Ever Need To Say, le funky Let’s Write A Book ou encore les cordes de Precious Plans.

Ce troisième album s’écoute ainsi comme la somme de ces prédécesseurs ou encore comme une compilation thématique dont chacun morceau aurait bénéficié d’un bon remastering et d’une nouvelle orchestration. Selon l’humeur, il est plutôt agréable de se repaître de ce air de déjà vu, de ces airs déjà entendus.


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