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[staubgold/chronowax]
2003.
Ekkehard Ehlers est un musicien talentueux, et productif qui plus est. Après une année 2002 riche des publications de Love Streams en compagnie d’Albrecht Kunze sous le nom de März, de Music for William Forsythe (composé avec Sebastian Meissner et Thom Willems) et enfin de la compilation Plays, puis le repressage en 2004 d’Heroin, sa collaboration avec Stephan Mathieu enrichie d’un cd de remixes, Ehlers nous revient déjà avec Politik Braucht Keinen Feind publié par Staubgold. Ce disque regroupe trois enregistrements différents. Tout d’abord, Mäander (2001) et Blind (2001-2002) sont des réappropriations d’enregistrements de, respectivement, clarinette et violoncelle, par le biais du media laptop. Ces deux travaux ont le goût d’une performance live, la spontanéité du traitement en temps réel. Enrichis de bleeps, larsens, drones et autres arrangements électroniques, les souffles épars des instruments originels ré-échantillonnés, restructurés, développent des atmosphères jazzy, dissonantes (évoquant Béla Bartók) et tendues. Elles suggèrent un univers tordu, où l’auditeur, mis en abîme, manque singulièrement de repères. Le titre Woolf Phrase, qui clôt le disque, se rapproche davantage, avec ses 21 minutes, des compositions de Plays (Plays John Cassavetes notamment). Avec son immense boucle mélodique lancinante, il procure une sensation étonnante de calme qui contraste avec les péripéties précédentes. La phrase qui le compose, à force de nous être répétée, devient touchante, puis bouleversante. Alors l’ensemble, ce tristement isolé Politik Braucht Keinen Feind, qui ne ressemble à rien, sinon à un visage musical balafré se reflétant dans de l’eau glacée, à mille lieux de jeunes branchés qui s’éclatent sur les photos du livret, constitue un nouveau chef-d’oeuvre à mettre au crédit de l’artiste du son Ehlers. Un homme extraordinaire qui façonne avec sa souris des sensations directement dans nos nerfs et notre coeur. ![]() |
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