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[kning disk/erased tapes/import]
[sonic pieces/erased tapes/import] vendredi 18 décembre 2009.
Sans l’impulsion et la force de persuasion d’un certain Peter Broderick, The Bells n’aurait certainement pas vu le jour. Suite à leur rencontre en septembre 2008, complicité et admiration mutuelles se sont naturellement instaurées. Tant et si bien qu’en novembre de la même année, les deux garçons ont loué une vieille église berlinoise, y sont restés deux jours durant pour procéder à l’enregistrement de pièces exclusivement pianistiques (5h30 au total, dont seulement 40 minutes subsistent ici), improvisées par un Nils Frahm seul derrière un grand piano, et captées par une poignée de micros placés au-dessus de l’instrument et répartis dans l’édifice, mettant ainsi en relief toute la réverbération naturelle des lieux. Dotées d’un son brillant et bénéficiant d’un jeu très nuancé, les 11 pièces de The Bells se révèlent très diversifiées, bien que globalement très en phase avec la saison durant laquelle elles ont été enregistrées. On y retrouve des plages élégiaques hautement inspirées par l’école minimaliste Satirique (In The Sky And On The Ground), desquelles émergent sporadiquement quelques fulgurances, des accords plaqués et assénés avec fougue, conférant un aspect anguleux (I Would Like To Think, Peter Is Dead In The Piano) à une musique qui sait se montrer entrainante et véloce (My Things). Sur Said And Done, c’est un ostinato de notes piquées en triolets qui pose le décor, avant que viennent s’y superposer une succession d’accords qu’aurait très bien pu rêver Max Richter. L’analogie avec ce dernier prévaut également sur Dedication Loyalty ou Over There It’s Raining, mais aussi Small Me, doublée de couleurs harmoniques et d’un caractère vaporeux autrefois croisé chez Harold Budd. Ces maigres parallèles établis, la musique de Nils Frahm conserve beaucoup de personnalité, comme en attestent l’usage simultané de la pédale de sustain et de graves légèrement dissonants venant jeter le trouble et l’angoisse sur un Down Down dont le bourdonnement final a de quoi terrasser les plus frêles.
Tout aussi recommandable (voire plus), Wintermusik a été enregistré dans des conditions très différentes, mais avec une inspiration et une délicatesse égales. Bénéficiant d’une production mettant en exergue le côté nostalgique de sa musique, le son est ici plut mat et feutré, et rappelle à cet égard l’univers enfoui du Corduroy Road de Goldmund ; à ceci près que la grammaire de Nils Frahm est plus complexe et étoffée. A cette richesse et à cette qualité d’écriture s’ajoutent un sentiment de proximité qui nous laisse à entendre mouvements respiratoires et contact avec les instruments, ainsi qu’une palette sonore introduisant par touches discrètes célesta et harmonium. Ce dernier, avec ses tonalités graves, apporte profondeur de champ et gravité aux 17 minutes de Tristana, pièce centrale au thème beau à pleurer, qui se place là comme ode au temps suspendu et à la contemplation. Plus concis, les deux autres titres sonnent comme des échos ultra-poétiques de Yann Tiersen ; Nue ravissant tout particulièrement par le voyage qu’il propose, entre modes mineur et majeur, entre mélancolie et optimisme, où les notes d’harmonium jouées en staccato bâtissent un final presque allant. Initialement et respectivement édités par Kning Disk et Sonic Pieces, The Bells et Wintermusik bénéficient aujourd’hui grâce à Erased Tapes d’une réexposition amplement méritée. Face à tant de poésie et de délicatesse, comment pouvait-il en être autrement ? ![]() |
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